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 « Ce qui me plaît le plus, c’est de voir que le projet qu’on a monté se développe tous les jours ».

L’Habibliothèque, c’est le pari de trois sœurs, Aurélie, 25 ans, Alizée, 26 ans et Anahi, 28 ans, lancé en septembre 2014. Un concept mode où l’on peut louer et ainsi tester des vêtements de jeunes créateurs grâce à un abonnement mensuel qui permet d’emprunter trois pièces différentes sur une dizaine de jours.

Votre concept est inédit en France, comment vous est venue l’idée de l’Habibliothèque ?

Anahi : C’est venu à la croisée de plein de choses qu’on observait au quotidien. Par exemple, en 2012, on a découvert « Lånegarderoben », un concept de bibliothèque de vêtements en Suède. On avait bien accroché là-dessus, mais cette idée ne nous convenait pas vraiment puisque c’était du vintage. On en a parlé, on s’est posé beaucoup de questions : Qu’est-ce qui pourrait vraiment fonctionner ? Qu‘est-ce qui manque au marché français dans le secteur de la mode ?

Aurélie : Ensuite, on a commencé à observer la tendance des box qui fonctionnaient très bien. On a adapté ce modèle d’abonnement au secteur de la mode en le croisant avec une bibliothèque de vêtements ! Ensuite le projet a mûri au fil du temps, jusqu’au concept de l’Habibliothèque.

On a adapté ce modèle d’abonnement au secteur de la mode en le croisant avec une bibliothèque de vêtements !

Vous avez toujours été attirées par la mode ?

Anahi : On a toujours eu cette passion pour la mode et la cosmétique. On était surtout très curieuses des tendances. Et bien sûr, depuis qu’on est petites, on s’échange nos vêtements, donc c’est vrai que cette idée de partage nous était déjà familière !

Est-ce que vos parents travaillaient dans ce milieu ?

Anahi : Non, ils sont médecins tous les deux donc rien à voir avec la mode… On a toutes les trois étudié le commerce ou le marketing. Moi j’ai fait une école de commerce spécialisée dans la mode et j’ai travaillé dans le secteur du retail, notamment pour Marc Jacobs.

Aurélie : Pour ma part, j’ai fait une école de commerce internationale et je me suis spécialisée en marketing. Mes premières expériences professionnelles ont été dans la cosmétique. J’ai travaillé chez l’Oréal et chez Cotti jusqu’au lancement de l’Habibliothèque.

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A quel moment avez-vous décidé de vous lancer plus concrètement ?

Anahi : Pendant un an, on a travaillé sur le projet le soir après le travail, jusqu’au jour où on s’est décidées à vraiment se lancer et démarrer une campagne de financement participatif.

Aurélie : On s’est dit qu’on allait présenter notre projet sur KissKissBankBank pour voir un peu quelle serait la réaction des gens, communiquer sur le projet et peut-être trouver des investisseurs.

Anahi : C’est une bonne façon de tester le concept auprès des consommateurs parce que finalement ce sont eux qui auront envie (ou pas) de voir le projet naître, et qui participeront en fonction de leur désir.
Comme on a vu qu’il y avait un certain engouement, on s’est dit que ça pouvait fonctionner et qu’il y avait une clientèle potentielle.

On s’est dit qu’on allait présenter notre projet sur KissKissBankBank pour voir un peu quelle serait la réaction des gens, communiquer sur le projet et peut-être trouver des investisseurs.

La campagne a été un succès puisque vous avez réuni 10 000 euros…

Aurélie : Oui, on avait bien préparé ça. On avait mis en place tout un plan de communication, une vraie campagne pour motiver les gens à investir, à donner un petit quelque chose. On avait l’application KKBB sur notre portable qu’on regardait tous les jours. On était super contentes dès qu’on voyait que quelqu’un avait mis 10 ou 20 euros ! L’évolution a été assez constante jusqu’aux 10 000 euros qu’on a récoltés en 2 mois.

L'Habibliothèque © Encore Magazine

J’imagine que cette somme n’était pas suffisante pour lancer le projet. Comment avez-vous trouvé le reste du financement ?

Aurélie : On a trouvé des business angels qui se sont associés au projet. Deux d’entre eux sont des particuliers qu’on a rencontrés en lançant un appel de fonds auprès du réseau Écoles de commerce. Un autre de ces business angels est une amie qui joue le rôle de directrice financière et le dernier est « un ami d’ami », un investisseur de rentabilité. En tout, nous avons réuni 200 000 euros.

Ça s’est affiné au fur et à mesure, on a vraiment essayé de se mettre dans la peau d’une cliente.

Au départ l’Habibliothèque ne devait être qu’une boutique et finalement vous avez vraiment développé une nouvelle offre sur web. Comment a évolué le projet ?

Anahi : En fait, on s’est rendu compte qu’une boutique limitait l’offre aux gens qui pouvaient se déplacer donc on est très vite parties sur un site internet marchand, avec la possibilité de commander à distance.

Aurélie : Ça s’est affiné au fur et à mesure, on a vraiment essayé de se mettre dans la peau d’une cliente. On voulait que l’offre soit assez facile à retenir donc on a essayé de l’améliorer pour que ce soit pratique. On livre le produit dans une box dans laquelle on met un bon prépayé et au bout de 10 jours, les clientes le collent sur la boîte, qu’elles rapportent à la poste ! On essaie aussi de donner un maximum de vues et d’informations sur le produit en ligne pour qu’elles puissent choisir au mieux sans essayer.

Vous avez donc lancé le projet et ouvert votre showroom parisien en septembre dernier. Comment s’est passé le lancement ?

Anahi : On a plutôt bien démarré ! On a eu la chance d’avoir beaucoup de presse, ce qui a aidé. Côté abonnements, on a été très vite à saturation, car malheureusement on est obligées d’avoir un quota d’abonnements pour que nos clientes puissent toujours trouver du choix.

L'Habibliothèque © Encore Magazine

Après 6 mois d’activité, quel bilan faites-vous ?

Anahi : On peut dire que ça marche dans la mesure où aujourd’hui on dépasse les objectifs prévus à cette date. On a eu à peu près 200 abonnements en 4 mois. Et l’objectif est qu’avec la deuxième saison, on puisse prendre beaucoup plus d’abonnés.

On a dû faire d’énormes investissements de départ sur la boutique et le site internet donc forcément, à 6 mois, on ne peut pas être rentables, mais on en vit quand même. On ne travaille plus à côté, on se salarie toutes les deux et on a également des gens qui travaillent avec nous.

On ne travaille plus à côté, on se salarie toutes les deux et on a également des gens qui travaillent avec nous.

Comment vous répartissez-vous les tâches ? Vous avez des rôles bien définis ?

Aurélie : Oui. Moi je travaille avec notre sœur Alizée (qui a conservé son poste de chef de produit chez l’Oréal) sur le marketing pour monter toutes les opérations de communication et gérer les relations presse. Anahi, elle, s’occupe de toute la partie commerciale, de la sélection et des relations avec les marques.

A quoi ressemble votre quotidien aujourd’hui ?

Anahi : Beaucoup de travail ! Du sept jours sur sept, on a des journées très chargées et on dort peu mais on le savait en se lançant !

L'Habibliothèque © Encore Magazine

Vous avez rencontré des difficultés ?

Anahi : Ça n’a pas été simple mais en même temps, chaque fois qu’on a eu un obstacle, on a aussi eu une bonne nouvelle.

Quel a été votre meilleur soutien dans tout ça ?

En chœur : Notre mère !

Aurélie : C’est vraiment la personne qu’on appelle quand on a des coups durs, qui nous soutient, à qui on demande des conseils même si elle ne suit pas à 100% tout le projet.

Ce qui me plaît le plus, c’est de voir que le projet qu’on a monté se développe tous les jours, que ce projet plaît aux clientes…

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce projet ?

Aurélie : Moi ce qui me plaît le plus, c’est de voir que le projet qu’on a monté se développe tous les jours, que ce projet plaît aux clientes, que dans mon travail aucune journée ne ressemble à l’autre, les journées boutique, les journées bureau, les journées shooting. C’est vraiment bien de voir avancer son propre projet !

Anahi : Je vais dire un peu comme Aurélie : c’est vraiment bien de voir que ce qu’on a imaginé plaît. C’est ultra motivant de constater que les clientes sont satisfaites, et de recevoir énormément de compliments.

L'Habibliothèque © Encore Magazine

Qu’est-ce que vous avez appris depuis le début ?

Anahi : J’ai appris qu’il y a toujours beaucoup plus de travail que ce qu’on croit, même si on se dit dès le départ que l’on va énormément travailler…Il en faut toujours plus !

Aurélie : Je retiens aussi que si l’on arrive avec la bonne idée au bon moment, avec les bonnes personnes, et toute la motivation pour, il n’y a pas de raisons pour que ça ne marche pas !

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer aujourd’hui ?

Aurélie : Avoir une bonne idée, innovante et qui matche avec le marché actuel. S’entourer de personnes qui auront des compétences complémentaires aux vôtres. Si par exemple on a des lacunes en finance, trouver quelqu’un qui pourra compléter ses compétences. Et ne surtout pas manquer de motivation et d’énergie !

www.lhabibliotheque.com

L’Habibliothèque
61 Rue de Saintonge, 75003 Paris

L'Habibliothèque © Beaucrew

Interview : Julie Delettre