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« Je crois que je n’ai jamais dessiné une collection dans un bureau. »

Alix Petit est la créatrice d’Heimstone, la marque qu’elle a fondé à seulement 22 ans. Passionnée de voyages, ses collections sont à l’image de son passeport. Aujourd’hui installée à New York, Alix travaille au développement d’Heimstone. 

D’où viens-tu, Alix ?

Je suis une pure parisienne ! J’ai grandi à Paris mais j’ai eu la chance de beaucoup voyager depuis toute petite. Dans ma famille, on a un vrai goût pour le voyage et les différentes cultures. On allait régulièrement au Maroc ou faire des road-trips aux Etats-Unis, j’en garde de super souvenirs.

Pour toi, la mode était un rêve d’enfant ?

En fait, j’étais plus attirée par le métier de ma mère qui est architecte d’intérieur. Je dessinais beaucoup, je me suis même fait virer de l’école… Les profs avaient écrit sur mon carnet « passe plus de temps à dessiner qu’à écouter ses professeurs ». Plus tard, j’ai fait une école d’art, Olivier de Serres, où la formation était assez générale mais tout ce que je faisais avait souvent à voir avec le textile. J’aimais beaucoup les broderies et on tricotait aussi beaucoup avec ma sœur jumelle.

On passait nos étés sur la plage à tricoter des bonnets que l’on vendait dans les restaurants l’hiver à Paris.

Qu’est-ce que vous tricotiez ?

On passait nos étés sur la plage à tricoter des bonnets que l’on vendait dans les restaurants l’hiver à Paris. J’ai d’ailleurs poursuivi mes études en école de mode pour apprendre le stylisme et le modélisme en spécialité maille. J’ai trouvé mon stage de fin d’année chez Michel Klein et ils m’ont engagée rapidement. Je n’avais que 21 ans mais ça a été une super opportunité. Et au bout de quelques mois – je ne me rappelle même plus comment – j’ai dit à mon père que je voulais monter ma boîte. Ça s’est fait très naturellement et sereinement.

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Qu’est-ce qui t’a donné cette envie de te lancer si jeune ?

A l’époque, je travaillais avec Delphine Delafon chez Michel Klein et comme on n’était pas super bien payées, on créait de petites collections qu’on vendait à la coule. Et il se trouve qu’au moment où on a lancé les maillots de bain, ça a cartonné. C’était des pièces qu’on avait découpées dans de vieux tee-shirts vintage et on avait remplacé les perles par de gros boulons. On avait organisé des ventes à Paris et pendant l’été, on vendait nos maillots sur la plage. C’est ce qui nous a motivées à lancer notre marque de vêtements. On a démissionné toutes les deux en juillet 2006 pour créer Heimstone.

Il fallait que l’on vende 360 robes pour rentrer dans nos frais et on a dû en vendre 1500.

Par quoi avez-vous commencé ?

Dès septembre, on s’est mises à dessiner les différentes pièces et on est parties en Inde pour la fabrication. Quand on est revenues, on a photographié la première collection avec pour modèle ma petite cousine Lolita Jacobs et quand on a envoyé les lookbooks à la presse, on a eu du buzz très vite. La collection présentée en janvier 2007 a super bien marché. Il fallait que l’on vende 360 robes pour rentrer dans nos frais et on a dû en vendre 1500. On faisait les choses au feeling et on sentait bien qu’il y avait des gens autour de nous que ça motivait, c’était génial.

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Qu’est-ce qui vous inspirait ?

Les 3 ou 4 premières collections étaient super différentes les unes des autres, et ça a vraiment plu aux gens. En 2008 on avait fait toute une collection avec des robes lingerie, ensuite on a travaillé le mélange de matières… Puis mon associée est partie en 2009 et moi j’ai continué Heimstone à ma sauce.

Je crois que je n’ai jamais dessiné une collection dans un bureau.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Toutes les collections s’inspirent de mes voyages. Il y a eu l’Islande, la Turquie, les Indiens d’Amérique, l’Australie… Je ne cherche pas à avoir un fil conducteur à tout prix mais ce sont mes inspirations et ma manière de transformer mes souvenirs d’enfant… 

Je dessine les collections dans l’avion ou quand je pars aux quatre coins du monde. Par exemple, j’ai dessiné la collection autour de l’Australie à la plage là-bas, en regardant les gens, en m’inspirant de livres, d’images de surfeurs… Je crois que je n’ai jamais dessiné une collection dans un bureau.

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Tu réalises toi-même tous les imprimés ?

Oui, on développe tous nos tissus et nos imprimés. Je dessine ou je travaille à partir d’aquarelles ou de photos que je prends à droite à gauche. Par exemple ce foulard qui fait partie de la collection inspirée par l’Islande est un imprimé réalisé à partir d’un Google map du volcan qui s’est réveillé en 2010. Les traces noires que l’on voit sont des traces de fumée. Ce qui me plaît, c’est ensuite de raconter l’histoire.

Dessiner des collections c’est génial, mais en réalité aujourd’hui ça représente seulement 20 % de mon temps.

Heimstone a 8 ans, 2 boutiques et 6 salariés. Comment as-tu appréhendé la partie business et développement ?

Mon père, avec qui je suis d’ailleurs associée, m’a beaucoup aidée. Il a eu une société dans la publicité donc il a une bonne compréhension du business et il m’a vraiment guidée sur la partie administrative et financière.

Ensuite, j’ai beaucoup travaillé parce que je voulais tout comprendre et savoir comment fonctionne une boîte pour être autonome et ensuite pouvoir déléguer aux filles avec qui je travaille. Parce que dessiner des collections c’est génial, mais en réalité aujourd’hui ça représente seulement 20 % de mon temps. Le reste, c’est du développement, des rendez-vous avec des financiers…

Ça te plaît de faire tout ça ?

Oui, j’adore ça, c’est super intéressant. D’autant plus qu’aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression d’avoir passé un cap et d’avoir bien compris mon business. J’ai une base solide qui me donne plus de stabilité.

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Aujourd’hui, quel est ton quotidien ?

J’habite à New York avec mon mari et notre bébé de 9 mois. Mon quotidien a toujours été très réglé et il l’est encore plus depuis que j’ai un enfant. Je suis très matinale donc je me lève vers 6h, je fais du sport et je passe du temps au téléphone avec mon équipe basée à Paris. Pendant l’après-midi, j’avance de mon côté et à 17h ma journée se termine pour pouvoir passer du temps avec ma fille.

J’organise aussi ma vie pour voyager le plus possible. C’est un peu l’avantage d’avoir sa propre entreprise et d’être son propre patron, même si finalement tu ne t’arrêtes jamais vraiment de travailler.

J’adore la mentalité américaine, cette sensation que tout est possible, qu’il n’y a pas de limites.

Pourquoi avoir décidé d’aller vivre à New York ?

Parce que j’adore les Etats-Unis depuis toujours. Ma sœur vit là-bas depuis 9 ans et j’ai toujours fait beaucoup d’aller-retours. Puis j’adore la mentalité américaine, cette sensation que tout est possible, qu’il n’y a pas de limites. Et je suis aussi partie pour développer Heimstone là-bas. Mon mari a aussi son entreprise donc c’était la destination idéale pour nous deux.

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Quels sont tes projets pour les mois à venir ?

2015 est une année importante pour nous puisqu’on va devoir passer à l’étape supérieure avec d’autres financiers. Je suis toujours aussi motivée.

Quel conseil aurais-tu envie de donner à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans cette aventure ?

Ne le fais pas ? C’est tellement compliqué… Je ne pensais pas que ce serait aussi prenant et difficile. Le seul conseil que je pourrais donner est d’être fidèle à ce qu’on pense, de travailler et de garder les yeux et les oreilles grand ouverts.

www.heimstone.com

Boutique Heimstone
23 Rue Du Cherche-midi
Paris, France 75006

Alix Petit © Beaucrew