Ils travaillent dans la mode, la restauration, le tourisme ou la musique. Ils viennent de France, du Sénégal, du Togo et du Congo-RDC. Ils font rayonner les richesses et les cultures d’un continent aux identités multiples et plurielles, pensent une Afrique entrepreneuse et audacieuse loin des slogans marketing pour la vendre comme un produit le temps d’une saison. Ils s’appellent Amah, Dieuveil, Mami, Papi, Marouan, Olivia et Benjamin. Ils ont chacun leur histoire et leur façon de raconter ce territoire qui les fait grandir, les animent et les inspirent. Nous avons décidé d’aller les rencontrer.

Il a travaillé pour de nombreux établissements prestigieux, fait partie de l’équipe nationale allemande dans des compétitions de cuisine et même participé à Top Chef en 2013. Son nom : Dieuveil Malonga. Sa mission : promouvoir la cuisine africaine et sa signature : l’Afro-fusion. Rencard pour un grand voyage africain depuis son pied-à-terre parisien.

Dieuveil, ton histoire de cuisine commence sur les rives du fleuve Congo…

Avec ma grand-mère. J’ai perdu mes parents très jeunes et elle s’est occupée de ma soeur et moi jusqu’à sa mort, quand j’avais 12 ans. Ma grand-mère était cuisinière et elle avait son restaurant. C’était une case de passage où se reposaient les chauffeurs parce qu’on habitait au bord de l’autoroute. Elle était connue dans tout le pays et donc je l’étais un peu aussi, j’étais le petit-fils de Madame Henriette. La cuisine en Afrique, c’est l’univers des femmes alors je n’étais pas aux fourneaux avec elle mais je voyais les plats passer et je demandais ce que c’était. J’étais très curieux, j’adorais apprendre. C’est comme ça qu’a commencé mon apprentissage.

Cet apprentissage, tu vas ensuite le poursuivre dès l’âge de 13 ans dans une autre cuisine, celle de ta famille adoptive en Allemagne.

La cuisine allemande ce n’est quand même pas très bon. Alors avec ma mère adoptive, on allait dans des magasins afro et j’essayais de cuisiner les plats allemands mais avec des épices et des produits africains que je connaissais. Chaque dimanche on organisait aussi des déjeuners où d’autres étrangers venaient à la maison après l’église. Ces dimanches étaient connus dans la région et ça a été les débuts de ma signature gastronomique : l’Afro-fusion.

J’essayais de cuisiner les plats allemands mais avec des épices et des produits africains… Ça a été les débuts de ma signature gastronomique : l’Afro-fusion.

Avec l’Afro-fusion, tu veux écrire une histoire de la cuisine africaine ?

Exactement. Mais cette histoire doit se révéler avec le temps. Pour comprendre les plats, il faut comprendre l’histoire. Dans un même pays en Afrique, il peut y avoir une centaine de tribus qui cuisinent le même plat différemment. Ça va être long. Aujourd’hui j’ai 25 ans, j’y arriverai peut-être quand j’en aurai 60 ! Mais je ne suis pas pressé, les choses doivent se faire à leur rythme. Mon travail, c’est la transmission et la pédagogie et ça, ça demande du temps.

Dans cette idée, tu as envisagé notamment d’installer un laboratoire en Afrique.

Oui, un au Rwanda et un autre à Paris. En France, ce serait comme des cuisines ouvertes, une plateforme pour que les chefs puissent venir cuisiner, expérimenter et pour que les gens viennent goûter. Au Rwanda, ce serait différent : le labo’ serait un espace de création pour différents événements en Afrique. Ce serait aussi comme une école-restaurant, un espace pour former les gens. Mon objectif ce serait aussi de faire connaître la cuisine africaine et ses chefs. On a besoin de découvrir le Paul Bocuse africain !

Mon objectif : faire connaître la cuisine africaine et ses chefs. On a besoin de découvrir le Paul Bocuse africain !

Tu as aussi lancé Chef in Africa, c’est quoi ?

Parfois tu es un jeune chef talentueux et personne ne te connaît. J’ai rencontré beaucoup de chefs africains qui cherchaient du boulot mais ne savaient pas comment en trouver ! J’ai créé cette plateforme car pour promouvoir l’art culinaire en Afrique, il faut promouvoir les chefs. L’objectif c’est aussi de créer des formations pour mettre en relation les écoles africaines avec le monde entier. Je souhaite que les jeunes puissent aller se former là où ils le désirent, qu’ils aient la chance que j’ai eu.

C’est ta vision du futur pour la gastronomie ?

Oui, je crois que la révolution peut passer par les papilles et peut réconcilier les gens et les cultures. C’est pour cela que j’ai appelé ma cuisine l’afro-fusion. De temps en temps, tu vas au Sénégal et les chefs ne connaissent pas la cuisine des autres pays, et parfois ils ne connaissent même pas la leur ! Ils n’ont pas eu l’occasion de voyager mais maintenant avec la génération connectée, tu sais ce qu’il se passe ailleurs sans avoir besoin de voyager. Il faut laisser des traces de cette culture culinaire et arrêter de tout transmettre à l’oral, il faut figer les techniques, créer une base de données grâce à la technologie. C’est vraiment le moment de le faire : former les jeunes générations à la cuisine africaine.

Je crois que la révolution peut passer par les papilles et peut réconcilier les gens et les cultures.

dieuveilmalonga.com

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Interview : Agathe Morelli