Ils travaillent dans la mode, la restauration, le tourisme ou la musique. Ils viennent de France, du Sénégal, du Togo et du Congo-RDC. Ils font rayonner les richesses et les cultures d’un continent aux identités multiples et plurielles, pensent une Afrique entrepreneuse et audacieuse loin des slogans marketing pour la vendre comme un produit le temps d’une saison. Ils s’appellent Amah, Dieuveil, Mami, Papi, Marouan, Olivia et Benjamin. Ils ont chacun leur histoire et leur façon de raconter ce territoire qui les fait grandir, les animent et les inspirent. Nous avons décidé d’aller les rencontrer.

Mami, Papi, Marouan et Olivia ont lancé Dakar Lives sur Instagram il y a trois ans. Une plateforme collaborative devenue aujourd’hui l’une des références en matière de tourisme en Afrique sur les réseaux sociaux. Skype avec Olivia, 5000 kilomètres au bout de la ligne.

Avec Dakar Lives il y a, au départ, cette envie de créer des synergies entre les industries créatives de Dakar ?

Exactement. Dakar Lives est né de la rencontre entre Mami qui est architecte, Papi qui est peintre, Marouan qui était à l’époque étudiant en Master Finances à Paris et moi-même, planneuse stratégique. On est tous des utilisateurs d’Instagram. On voyait la communauté de créatifs grandir au Sénégal mais il n’y avait pas vraiment d’interactions entre eux. Même si Dakar est une petite ville, les photographes ne connaissaient pas les peintres par exemple. Donc l’idée était vraiment de réunir tout ce monde pour favoriser les collaborations, les projets communs et la mise en relation avec les entreprises. On a organisé un instameet (Réunion d’utilisateurs de l’application, ndlr ) le 21 septembre 2014. Ce jour-là, beaucoup de gens se sont rencontrés et on a lancé le compte Instagram de Dakar Lives pour promouvoir le nouveau Dakar Créatif.

Au moment du lancement de ce compte, vous ne voyez pas encore Dakar Lives comme un guide touristique ?

On n’y a pas pensé tout de suite. C’est venu après, avec les retours des gens. On visitait des sites pour prendre nos photos, on pensait qu’ils étaient connus de tous sauf que même le sénégalais lambda n’avait aucune visibilité sur ces endroits. Sans s’en rendre compte, on était en train de créer quelque chose qui manquait : un outil de promotion et de découverte de notre culture et de nos paysages. Un guide touristique.

On voyait la communauté de créatifs grandir au Sénégal mais il n’y avait pas vraiment d’interactions entre eux… Donc l’idée était de réunir tout ce monde pour favoriser les collaborations et des projets communs.

Et un business aussi.

Ça, ça s’est fait de façon très organique. Comme on avait nos jobs à côté, il nous a fallu un an pour nous libérer et commencer à entreprendre ensemble. Dès la première semaine, on a reçu des offres d’entreprises qui nous demandaient de proposer des circuits touristiques ou des itinéraires sur le Sénégal. Très honnêtement, on ne s’attendait pas à ce que ça aille si vite, ni même à générer de l’argent tout de suite.

Dakar Lives c’est aujourd’hui un compte Instagram avec près de 60 000 followers. Le concept a depuis été décliné dans plusieurs pays.

Avec le Sénégal, on est aujourd’hui dans cinq pays d’Afrique : le Maroc, la Guinée Conakry, le Mali et le Togo. On a aussi lancé un guide culinaire pour promouvoir la cuisine africaine et on a développé notre réseau de créatifs, qu’on a appelé les « artrepreneurs ». C’est plus une agence de mise en relation avec les entreprises. Ce projet nous tient vraiment à cœur. On est peut-être les quatre fondateurs mais cette aventure, elle s’écrit et se vit à plusieurs.

On est peut-être les quatre fondateurs mais cette aventure, elle s’écrit et se vit à plusieurs.

Tout ça se rejoint dans l’idée de montrer cette jeunesse créative ?

Totalement. On trouvait ça dommage qu’on ne voit pas assez le côté positif du continent dans les médias. Ses valeurs comme la solidarité et sa qualité de vie. Dakar est un carrefour culturel. Le sénégalais absorbe toute cette richesse et cette diversité et crée ensuite son « propre mafé ». C’est ce qu’on voulait montrer. On est une génération décomplexée, on a des outils directs pour communiquer et ça nous tient à cœur de les utiliser pour montrer une Afrique inspirante loin de cette pornographie de la pauvreté.

 

dakarlives.com

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Interview : Narjes Bahhar