Ils travaillent dans la mode, la restauration, le tourisme ou la musique. Ils viennent de France, du Sénégal, du Togo et du Congo-RDC. Ils font rayonner les richesses et les cultures d’un continent aux identités multiples et plurielles, pensent une Afrique entrepreneuse et audacieuse loin des slogans marketing pour la vendre comme un produit le temps d’une saison. Ils s’appellent Amah, Dieuveil, Mami, Papi, Marouan, Olivia et Benjamin. Ils ont chacun leur histoire et leur façon de raconter ce territoire qui les fait grandir, les animent et les inspirent. Nous avons décidé d’aller les rencontrer.

Benjamin Lebrave – Akwaba

Benjamin Lebrave, ce dj franco-américain qui fait rayonner les musiques africaines avec son label Akwaba depuis le Ghana. « Akwaba », c’est le mot utilisé dans certains pays d’Afrique de l’Ouest pour souhaiter la « bonne Arrivée ». Un message de bienvenue à la faveur du visiteur que Benjamin a choisi pour le nom de son label comme pour mieux nous inviter dans ses explorations sonores.

L’histoire d’Akwaba, ça commence par une rencontre avec une musique : le kuduro d’Angola.

Oui, j’ai eu un coup de foudre pour cette musique vers fin 2006 et c’était quasiment introuvable sur Internet. Il n’y avait que des vidéos vraiment pourries prises au téléphone sur YouTube. Mais de ce que je savais, le Ghana me semblait plus accessible que l’Angola. Alors en 2007, je suis parti à Accra pour la toute première fois, histoire de voir. C’était un peu le test. Quand je suis arrivé sur place, sans même connaître qui que ce soit, j’ai réussi à atterrir dans des studios et j’ai découvert qu’il se passait plein de trucs. À cette époque, je vivais aux États-Unis et de là, je suis rentré avec l’idée de repartir en Afrique pour poser les fondations du label et créer mon catalogue.

Tu travaillais déjà dans la musique ?

À cette époque, je mixais dans ma chambre et je commençais à jouer comme DJ en public. Et puis un jour, j’ai réussi à négocier un job dans une grosse boîte qui faisait de la distribution de musique sur Internet. Pour eux, je signais des catalogues, je rencontrais des patrons de labels et je leur expliquais pourquoi il fallait bosser avec nous. J’adorais ce job ! Mais durant l’été 2006, j’ai appris que mon boulot allait sûrement disparaître ou changer parce que mon entreprise était sur le point de fusionner. J’ai donc décidé de faire la même mais en plus rigolo.

Comment est-ce qu’on pose les fondations d’un label panafricain ?

En 2008, je suis reparti plus longtemps et dans plusieurs pays. J’ai été deux semaines à Dakar, Bamako et Abidjan. Je suis passé par Lomé, Cotonou, Accra. J’étais là, avec mon sac à dos et ma bouche et j’expliquais avec passion ce que j’essayais de faire. À mon retour, j’ai sorti la première compilation du label avec des titres de tous ces pays et une dizaine d’albums en digital. L’année suivante, en 2009, j’ai eu l’occasion d’aller en Angola et j’ai sorti la deuxième compilation en digital. Un projet kuduro qui a fait connaître le label.

En 2008, j’ai été à Dakar, Bamako et Abidjan. Je suis passé par Lomé, Cotonou, Accra. J’étais là, avec mon sac à dos et ma bouche et j’expliquais avec passion ce que j’essayais de faire.

Tu as ensuite décidé de t’installer au Ghana. Pourquoi ?

Aller en Afrique juste pour signer un artiste et ensuite repartir, ça peut devenir dur à justifier. Le Ghana c’est vraiment le pays qui m’a stimulé pour créer mon label et quand j’y suis retourné en 2010, j’ai commencé à avoir une idée de ce que serait la vie sur place. Je suis donc rentré et j’ai plié mes bagages. Un an plus tard, je vivais à Accra. J’ai enregistré mon entreprise là-bas avec un associé ghanéen. Tout l’argent que je dépense, je le dépense au Ghana.

Et tu construis sur place.

Ce qui manque aux pays africains, ce ne sont pas les talents mais tous les jobs autour pour les développer. Les gens sont futés, ils apprennent vite mais l’avantage professionnel reste en Occident. De mon côté, j’essaie vraiment de favoriser ces transferts de connaissances. Parfois, je prends en stage chez Akwaba des jeunes venus de France. Je travaille aussi avec les instituts culturels européens. C’est un truc qui est, pour moi, de plus en plus important : il faut créer de vraies plateformes d’échanges et d’éducation parce que ça manque cruellement.

Comment est-ce que tu envisages l’avenir d’Akwaba ?

Mon rêve depuis le début ça serait de faire une musique pop qui marche là-bas et ici. Les artistes avec lesquels je travaille font chic sur les line up de festivals mais j’ai envie de le faire à plus grande échelle. Je fais ça depuis neuf ans, il faut que je me lance. J’aimerais aussi voyager et passer plus de temps dans d’autres pays africains. Retrouver cette sensation de découverte parce qu’actuellement je signe la plupart de mes artistes sur Internet. Mais ce que j’espère vraiment, c’est que les morceaux de pop africaine soient un jour juste regardés comme des morceaux de musique pop tout court.

Ce que j’espère vraiment, c’est que les morceaux de pop africaine soient un jour juste regardés comme des morceaux de musique pop tout court.

akwaabamusic

*

Interview : Narjes Bahhar