Il y a trois ans, nous rencontrions Marine et Louis qui avaient bouclé leur premier tour du monde et lancé Food Sweet Food, site dédié à leurs aventures culinaires à travers le monde. Depuis, le duo a écrit un livre de voyages et de recettes et a réalisé une série TV ; Very Food Trip ; pour la chaîne Planète+.  Ils ont aussi lancé le projet Refugee Food Festival, festival culinaire européen qui met en contact chefs français et chefs réfugiés venus des quatre coins du monde. De retour de leur deuxième voyage, ils développent aujourd’hui leur projet à plein temps. 

Que s’est-il passé pour vous ces trois dernières années ?

En trois ans, on a réalisé deux tours du monde, traversé dix-huit pays, produit seize films documentaires pour la chaîne Planète +, écrit un livre de recettes, et on s’apprête à organiser un festival dans douze villes d’Europe ! Trois années intenses, passionnantes, et optimistes qui nous ont donné envie d’aller toujours plus loin à la découverte du monde et de ses cuisines !

Depuis trois ans, on a traversé 18 pays, produit 16 films documentaires, écrit un livre de recettes, et on s’apprête à organiser un festival dans douze villes d’Europe !

Comment s’est passé le retour en France suite à votre premier voyage ?

Quand on est rentrés, on a dû reprendre des boulots à Paris. On a très vite été contactés par une maison d’édition pour raconter notre histoire au travers d’un livre, Very Food Trip. On a passé six mois enfermés chez nous à écrire, rassembler des centaines de photos et de recettes, d’histoires et d’anecdotes.

Et en parallèle, on a lancé une série TV du même nom pour raconter toutes les aventures qu’on avait filmées sans relâche pendant des mois. Aidés par plein d’amis talentueux (qu’on ne remerciera jamais assez), on a réalisé deux épisodes qui sont sortis sur Internet. Ça a permis à la chaîne Planète + d’entendre parler de notre projet… Quelques mois plus tard, on a réalisé avec eux huit films documentaires de 26 minutes, un film par pays traversé.

                                               
Puis, vous avez eu envie de repartir…Où êtes-vous allés cette fois et avec quels objectifs ?

En octobre 2016, on est repartis avec notre caméra pour huit nouvelles destinations : l’Iran, Cuba, le Cap Vert, la Jordanie, le Canada, Le Cambodge, et l’Indonésie… diffusion des épisodes prévue le 12 mai !

Comment avez-vous vécu cette nouvelle aventure ?

C’était un voyage différent du premier, à la fois plus professionnel mais plus risqué. On est à nouveau partis tous les deux, sans équipe de tournage et sans fixeurs, mais avec un diffuseur à la clé. Il fallait garder toute notre fraîcheur et ne pas rentrer dans un cadre. Et la formule a fonctionné : les portes et les cuisines se sont ouvertes, et nous avons découvert des pays, des cultures et des cuisines puissantes. Comme la première fois, nous avons été accueillis avec beaucoup de bienveillance et de générosité ! L’Iran a été un vrai coup de coeur, et l’un de nos plus beaux voyages (bien qu’on ait été accompagnés par un officiel pour avoir le droit de filmer !) On est aussi tombés sous le charme du Cap Vert, ce petit pays si charmant et si chaleureux.

Notre second voyage était plus professionnel mais aussi plus risqué. Il fallait garder toute notre fraîcheur et ne pas rentrer dans un cadre.

Comment avez-vous lancé le Refugee Food Festival, votre dernier projet ?

Il y a quelques mois, on a voulu s’engager pour l’accueil et la perception des réfugiés. De manière citoyenne, avec nos moyens, nos outils. On s’est dit : “Qu’est-ce qu’on sait faire et qu’est-ce qu’on aime faire ?” La réponse était toute trouvée : rassembler autour de la cuisine, et raconter de belles histoires au travers de cet outil puissant et universel.

On a alors demandé à des restaurants de confier leurs cuisines à des cuisiniers réfugiés. Pour changer le regard porté sur les personnes réfugiés, leur offrir un tremplin dans leur intégration professionnelle et sociale, et faire découvrir toujours plus de cuisines et de saveurs souvent méconnues, qui permettent aussi de parler différemment de la Syrie, de la Tchétchénie, de l’Iran.

En un mois et demi nous avons mobilisé huit cuisiniers réfugiés et onze restaurants à Paris pour la Journée Mondiale des Réfugiés le 20 juin 2015, avec l’aide du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Plus de 1500 parisiens sont venus dans ces différents restaurants, et dix fois plus de personnes auraient voulu participer !

Pour le Refugee Food Festival, on a demandé à des restaurants de confier leurs cuisines à des cuisiniers réfugiés.

Quels ont été les retours sur ce projet ?

Les retours ont été bien au-delà de nos attentes : des chefs émus et fiers, des participants comblés et une forte mobilisation. À la suite de ce premier festival réussi, nous avons reçu des dizaines de messages de citoyens partout en France et en Europe, qui voulaient organiser à leur tour ce festival dans leur ville. Face à cette demande, on a développé un kit méthodologique pour permettre à tous d’organiser des Refugee Food Festival, avec notre accompagnement et celui du HCR.

Après Paris, un deuxième festival a eu lien à Strasbourg à Noël dernier. Et un festival européen est en préparation pour juin 2017 : à Paris, Lille, Bordeaux, Marseille, Lyon, Madrid, Florence, Athènes, Bruxelles, Genève, Amsterdam et Malme ! On a monté une équipe formidable pour relever cet énorme challenge, notamment pour aller plus loin dans l’accompagnement des chefs après le festival. 

Il y a trois ans, vous aviez tous les deux des jobs en parallèle, aujourd’hui vous vous consacrez entièrement à ces nouvelles activités ?

Oui mais on n’est plus seuls : pour Very Food Trip nous avons une équipe incroyable de monteurs, graphiste et musiciens qui nous accompagne. Et pour le Refugee Food Festival nous avançons maintenant avec deux personnes à temps plein et une dizaine de solides appuis. Puis, dans chacune des villes qui accueille un festival, une équipe locale est mise en place, avec le soutien des bureaux locaux du HCR.

Quelle est l’ambition de ces nouveaux projets ?

Faire de la cuisine une porte d’entrée sur le monde, et valoriser la cuisine populaire. On adore cette phrase de Luc Dubanchet, qui est un peu notre mantra : « Parce qu’elle est le dernier rempart contre la barbarie, la solitude, les ennuis. La cuisine c’est la vie, c’est l’amour, la famille et les amis ! »

La cuisine est le dernier rempart contre la barbarie, la solitude, les ennuis. La cuisine c’est la vie.

Aujourd’hui, quel est votre quotidien ?

En ce moment, entre les voyages, la salle de montage, le développement du Refugee Food Festival en France et en Europe, il est très chargé ! On fait de grosses journées, avec peu de jours off, mais on veut mettre toute notre énergie dans ces deux projets, et en particulier dans le Refugee Food Festival, qui nous tient beaucoup à coeur !

http://www.refugeefoodfestival.com

Interview : Agathe Morelli & Marie Ouvrard
Photos : Marine & Louis